Alonso en premier lieu, non pour sa victoire, mais surtout pour la manière dont il l’a obtenue. Pourtant, pour la première fois depuis longtemps, il n’a pas raté son départ, mais a été joyeusement tassé contre le muret des stands par Vettel façon Mansell à Estoril en 1990 (« Ah tiens, tu étais là toi ? ») Une fois devant Baby Schumi -qui mérite son surnom-, il n’a pas relâche son effort. Après avoir lancé une attaque joliment contrée sur Massa, il a pris ses distances... Jusqu’au (un nombre conséquent de guillemets s’impose ici) « « « « problème de boîte » » » » de son coéquipier. Certes, ensuite, il a continué de cravacher. Mais il n’y avait pas vraiment de raison de se réjouir sur le podium.
Massa ensuite, qui a subi une orchidectomie (il existe de très bons dictionnaires dans le commerce). Le (res-)sort lui offrait une jolie revanche sur l’an passé sur un plateau, mais son écurie la lui a gentiment ôtée. De même qu’il s’était écarté pour aider Raïkkönen à Interlagos en 2007 -et que ce même Raïkkönen lui avait apporté son aide l’année suivante- tout montre qu’il a laissé la victoire à son coéquipier. Tu as signé ici, ton âme appartient à Maranello. Coglione.
Vettel ne peut non plus se réjouir de son record du tour décroché dans l’ultime boucle -tiens, comme Alonso à Silverstone. Son départ, un modèle du genre Schumacher dans ses mauvais jours, « j’utilise toute la piste sans regarder s’il y a quelqu’un ». L’égalité de points avec Webber ? Boârf. Pas de quoi faire se précipiter les amateurs de sports extrêmes dans le rayon ‘boissons énergisantes’ de leur supérette de quartier.
Hamilton, comme Button, peuvent la jouer discrète. Leur MP4/25 était tout simplement larguée. Les dires de Button, Monsieur « oui mais d’abord ma bagnole que c’est la plus rapide en bout d’ligne droite, lalalère » se transforment en quasi 27 secondes de retard à l’arrivée pour Hamilton, presque 30 pour le champion en titre. Mais l’essentiel est préservé pour eux puisque les deux coéquipiers conservent la tête des championnats pilotes et constructeurs.
Webber, le tonitruant vainqueur de Silverstone, a été transparent. Des problèmes sur sa monture toute la course durant. Au même moment son coéquipier caracole en 3ème position, alors que lui se traîne à plus de 10 secondes derrière les deux McLaren, qu’il dominait de la tête et des épaules il y a 15 jours. Tiens donc.
Kubica n’a pas non plus lieu de sauter au plafond : il n’a pu se maintenir devant les Mercedes qu’avec difficulté, et ne doit sa place qu’à l’incompréhensible manque de performances des duettistes de Brawn. Depuis Silverstone, les Renault régressent, la mine de Robert -et son nez- s’allongent...
Les deux Mercedes, justement : désolant... De tels talents gâchés par une monoplace qui n’est plus l’ombre de ce que fut la précédente livraison de la maison Brawn. Une qualification peu glorieuse à domicile, pour échouer looooooooooooooooooiiiin du podium. Rosberg a certes fini devant son septuple champion d’équipier, mais en passant par les stands. Ca a du lui faire tout drôle, à Schumacher ; d’habitude, c’était son truc.
Enfin, les deux pilotes Williams quittent l’Hockenheimring pas très fiers : une belle qualif, tous les deux en Q3, mais une course à oublier. 12ème et 13ème à un tour, du grand art...
Mais on hésitera à attribuer la palme du « je n’ai pas de quoi pavoiser » de ce dimanche. Domenicali, harcelé tant par l’ineffable Denis Brogniart de TF1 que par Eddie Jordan, celui dont les F1 firent débuter les frères Schumacher, qui explique aux journalistes qu’ils posent des questions auxquelles il n’a pas la réponse ; ou bien la FIA, qui condamne Ferrari à 100 000 $ d’amende et convoque les responsables lors d’un conseil mondial dont la date n’est pas encore connue ? « Messieurs, ce que vous avez fait est très vilain. Vous me conjuguerez le verbe ‘Je ne dois pas donner de consignes d’écurie et ainsi favoriser un de mes pilotes par rapport à l’autre’, à tous les temps du subjonctif et avec les consonnes en vert et les voyelles en rouge » ? Ou encore les commissaires du Grand Prix d’Allemagne qui, voyant Vettel une nouvelle fois tasser joyeusement le pilote qui part d’à côté, ne lui donnent même pas un soupçon de réprimande... ?
Et pourtant, il y en a un qui peut être content de lui.
Je veux parler, non pas du PDG de Santander -sponsor officiel de Ferrari et des 2 derniers GP courus- mais de Vintantonio Liuzzi, pilote de la Force India. Il finit devant son estimé coéquipier Sutil, après une violente sortie de piste au début de la 3ème séance d’essais libres samedi matin. On le dit sur la sellette, et il prouve qu’il a encore de belles choses à montrer. Au moins un point positif aujourd’hui.
Pour la 1ère fois depuis que ce circuit insipide est au calendrier, je suis content de voir le GP de Hongrie arriver. Peut-être, cette fois, y verra-t-on une course.
Et non, je ne suis pas aigri.