Vous êtes jeune ? Vous êtes européen, de préférence germanophone ? Vous avez moins de 27 ans ? Nous avons une proposition à vous faire, et vous ne pourrez pas la refuser.
Imagine-toi -ça ne te fait rien si je te tutoie, gamin, après tout, je faisais déjà la bringue avec Max M... que tu faisais encore dans tes couches- au volant d’un bolide.
Pas n’importe lequel : LE bolide, conçu par un des ingénieurs les plus doués qui soient, avec des moyens quasi illimités.
Imagine-toi -ça ne te fait rien si je te tutoie, j’ai fait courir des morveux comme toi en karting avant de les renvoyer à leur néant- en tournée permanente autour du monde, sur les circuits qui accueillent le plus de spectateurs, et des fiestas monumentales avec des créatures pulpeuses à souhait, tu sais, les mêmes que dans les journaux que tu planquais sous ton lit, mais habillées, pas farouches.
Imagine-toi -ça ne te fait rien si je te tutoie, j’ai foutu à la porte un quadruple champion de ChampCar bien plus doué au volant que je ne l’ai jamais été- parmi la crème des pilotes de monoplace du monde : l’Espagnol teigneux, le prodige anglais, le Brésilien à ressort, le septuple champion teuton, l’Allemand à crinière blonde, le Britannique juste couronné... Tu auras entre les mains LA machine capable de les terrasser, et de les éclabousser de ton talent.
Tu inscriras ton nom -et celui de notre boisson énergisante, la boisson des champions qui te donne des vrais morceaux d’ailes dedans !- au Panthéon du sport automobile. Pour l’éternité.
Imagine-toi -ça ne te fait rien si je te tutoie, je n’ai plus qu’un œil, mais c’est le bon- en piste, lancé à plus de 300 km/h face à ces opposants qui ne te laisseront rien passer, face aux crépitements des flashes des journalistes, harcelé par ces scribouillards qui ne trouvent rien de mieux qu’à dresser des coéquipiers pourtant briefés pour n’en rien dire l’un contre l’autre...
Heu, je m’égare, là... Au centre donc des attentions des médias de toute la planète, en photo dans tous les magazines traitant de ces sports qu’on dit « extrêmes » (je me demande qui est d’ailleurs le crétin qui a inventé cette expression, fallait la trouver, celle-là), riche à millions, libre d’assouvir toutes tes envies : jet privé, villas gigantesques en Suisse ou aux Seychelles -celle d’Arros est en vente, à ce qu’il paraît- piscines en forme d’enclume... Tout !
Imagine-toi enfin -ça ne te fait rien si je te tutoie, mon écurie dispose de l’arme absolue en Grand Prix- adulé par des fans du monde entier, par des jeunes qui comme toi se rueront sur les rayons de leur hypermarché pour acheter notre boisson énergisante -la boisson des champions qui te donne des vrais morceaux d’ailes dedans !- et te remercieront de leur montrer l’exemple, toi leur idole.
Mais, me diras-tu, comment faire ? C’est bien simple, signe ici, là en bas, sous les petits caractères... Ils ne sont pas importants, c’est juste que tu t’engages à laisser la priorité à ton équipier, le jeune prodige allemand : ton châssis neuf, tu lui donnes, et sans râler ; ton aileron avant tout neuf, eh bien c’est pour lui ; la pole, tu la lui offres sur un plateau d’argent. Il a l’habitude, c’était déjà le cas dans la petite écurie du garagiste italien qu’on a rachetée et où il était pour débuter. Bref, tu t’écrases. Tu ne lui fais pas d’ombre.
Comment ça, il a déjà un coéquipier ? Ah, le Kangourou, là ?
Ce jean-foutre qui n’est même pas issu de notre filière ?
Ce malotru qui ose gagner quand ce n’est pas son tour ?
Cette andouille qui a le culot de mieux s’élancer au départ ?
Môssieur refuse de jouer les porteurs d’eau : c’est Rubinho qu’on aurait du embaucher, il a l’habitude, lui ! Mais baste, ce n’est pas grave : signe là, gamin.
Ne laisse pas passer ta chance... Et, au passage, toi non plus, Mark, savoure...