Propos -presque- recueillis à Valence.
Je ne comprends pas. Vraiment ! C’est bien simple, il m’arrive toujours des bricoles. Tenez, lors de mon dernier séjour australien. Je prends la voiture pour aller chercher le pain -un p’tit boulanger de Melbourne qui fait des muffins qui ressemblent à ceux de Mrs Miggins, vous pensez-, je lâche l’embrayage un peu vite et pan, la Mercedes m’échappe un peu, je pars en doughnut, juste devant un flic. Pas commodes, les Aussies. Parait qu’il faut que j’y retourne, mais je ne sais plus quand...
J’avais aussi eu des ennuis avec une Mercedes et une Toyota, là-bas, l’année dernière. Mais l’une avec ses gyrophares jaunes et l’autre, avec son vigneron des Abruzzes, me gênaient ; bon, le p’tit viticulteur se plante légèrement, je passe, hein, vous en auriez fait autant, ne le niez pas. Hé bien, ça n’a pas raté : il m’a fallu m’expliquer devant la direction de course. Et c’est là que ça s’est un peu embrouillé. J’avais un peu oublié, et je me suis mélangé les pinceaux en expliquant. Et puis le gars qui m’interrogeait me rappelait mon prof de géo, Mr Blackadder, le sournois qui vous faisait recracher les affluents de la Tamise, alors moi, ça m’a un peu décontenancé.
Aujourd’hui encore, des ennuis. Ca n’arrête pas. Bon, je suis dans ma McLaren tranquillou, lancé à la poursuite d’un gamin allemand qui se repaît de boisson énergisante et devant un ancien collègue espagnol, et voilà qu’un Australien -décidément, ceux-là... - se prend d’envie d’aller voir le ciel d’un peu plus près, aidé par mon ancien majordome finlandais. Des débris partout, on sort la voiture aux gyrophares jaunes... Juste sous mon nez. Je fais quoi, moi ? J’avance ? Je recule ? Comment, comment, comment veux-tu que.... ? Ni d’une ni deux, je passe, et puis c’est tout. Enfin, je crois que ça s’est passé comme ça. Voyez-vous, j’étais concentré comme un capuccino d’une trattoria minable de la banlieue de Reggio sur ma course, et il m’est passé un paquet de choses dans la tête depuis (dont le string d’une jolie fille qui me suit jusque dans les stands, il faudra que je lui demande son nom à l’occasion), alors, allez me demander ce que j’ai fait précisément dans le feu de l’action, c’est un peu gonflé. Et en plus, on m’a obligé à traverser les stands ! Heureusement, Martin passait son temps à me hurler dans les oreilles de ne pas oublier d’y faire un coucou, parce que, distrait comme je suis, j’aurais sans doute oublié.
A vrai dire, j’en ai un peu marre d’être la tête de Turc des autres, tout ça parce que je perds la mémoire de temps en temps... J’voudrais ben, mais j’peux point ! Déjà l’histoire de Popov... Heu, de Petrov -enfin je crois, j’ai oublié, je ne le vois pas souvent devant moi, sauf quand je lui prends un tour- il paraît que j’ai zigzagué devant lui lors du GP de Chine ?? Je me souviens bien qu’il y avait un moustique collant sur ma visière : allez retirer ces saloperies à près de 300km/h avec une seule main, vous ! Mais qu’il était là, juste dans mon sillage, au-cun souvenir !!! On m’a aussi lancé des regards outrés parce que j’aurais fait la course jusque dans les stands, contre Vettel ou Alonso, plus récemment. Mais mes bonnes gens, je ne sais plus ! Quand je fais ma course, le reste n’existe plus ; je ne suis pas multi-fonctions, moi ! ‘Peux pas conduire et apprendre les affluents de la Tamise ! Foutue mémoire, j’oublie tout...
Bon, il y a un noeud à mon mouchoir, qu’est-ce que je ne dois pas oublier... Ah oui, je conserve la tête du championnat... Mais lequel ?