En Inde, les taureaux rouges sont sacrés … Champions du monde

Les deux mélanges de gommes amenés par Pirelli en Inde ont été l’une des clés de la course, en raison de leur durée très inégale. Alors que les mediums avaient assez d’endurance pour boucler la moitié de la course (et même les trois-quarts à condition de piloter une Lotus), les tendres rendaient l’âme en moins de 10 tours. Record à Sebastian Vettel qui aura parcouru exactement deux tours avec ses gommes tendres, certes déjà utilisées en qualifications.

Cela a donné lieu à des stratégies assez diversifiées. De ce fait, toute ressemblance entre le classement de la course avant les 10 derniers tours et l’ordre à l’arrivée serait purement fortuite.

 

Les paris stratégiques ont commencé dès les qualifications avec le choix de Mark Webber et Fernando Alonso de se qualifier en pneus mediums. Cela permet au moins à l’épicier d’avoir une justification toute trouvée pour son 4° duel perdu face à son équipier en 5 courses, avec 6 dixièmes de retard sur celui-ci et 1’’7 sur le temps de la pole. Webber s’en sort beaucoup mieux avec une 4° place sur un circuit qui convient particulièrement bien à la Red Bull. Sa stratégie décalée le place en position favorable pour la course.

 

Pour la pole, pas de surprise. Le talentueux Vettel a purement et simplement piétiné ce qu’on n’oserait appeler concurrence. Il a plus de 6 dixièmes d’avance sur Rosberg, qui devance une nouvelle fois son équipier Hamilton.

 

En courses, de nombreuses stratégies se sont affrontées. La plus courante, adoptée par les pilotes partis en tendres, a consisté à effectuer un premier relais très court précédant deux longs relais en medium. Les pilotes qui se sont élancés en medium comme Webber ou Perez ont intercalé leur mini-relais en tendres en milieu de course. Enfin, il y avait la possibilité de ne faire qu’un seul arrêt, à condition de piloter une Lotus. Les deux pensionnaires de l’écurie d’Enstone sont partis en tendres pour enquiller un énorme relais en medium. Palme à Raikkonen initialement parti pour boucler 53 tours avec le même train de pneus.

 

Diversité stratégique ou pas, cela ne change pas grand-chose à l’identité du vainqueur. Initialement relégué dans les profondeurs du classement après s’être débarrassé de ses pneus en carton au bout de 2 tours, Vettel a remonté ses adversaires et attendu son heure. Jusqu’à récupérer sa place de leader lorsque tous les pilotes partis en medium ont rejoint les stands et ne plus la quitter jusqu’au drapeau à damiers.

 

Cette victoire est évidemment plus qu’il n’en fallait pour coiffer la couronne mondiale promise. En raflant la couronne avec panache, Vettel explose les compteurs de statistiques, comme l’avait fait Michael Schumacher en son temps. Le voilà déjà, à 26 ans, le 3° pilote le plus titré de l’histoire, à égalité avec Alain Prost, juste devancé par le Dieu Schumacher et Fangio. Il est déjà 4° au nombre de victoires, devant Alonso qui a pourtant débuté sa carrière 6 ans avant lui. Avec 6 victoires consécutives, il est à une unité du record codétenu par Schumacher et Ascari. Il est en outre invaincu sur le tracé de Buddh, où il a remporté l’intégralité des éditions du GP d’Inde. Et ce n’est probablement qu’un début.

 

Ce déferlement de panache n’a pas empêché la mesquinerie de la FIA, qui a jugé utile de lui infliger 25.000 euros d’amende pour avoir célébré son titre en faisant des donuts devant le public. Tout simplement pitoyable.

 

Avec sa stratégie décalée et un rythme de course élevé, Mark Webber semblait bien parti pour compléter le doublé Red Bull, même s’il n’a jamais été en mesure de disputer la victoire à son équipier. Mais la fiabilité de sa fragile monoplace en a décidé autrement, le privant de la 2° marche du podium. Cela ne suffit pas pour retarder la consécration de son équipe au championnat constructeurs.

 

C’est donc Nico Rosberg qui récupère la 2° place. Sans jamais pouvoir contrarier les plans de Vettel, le pilote allemand a réalisé une course très solide de bout en bout. Plus encore qu’en qualifications, il prend nettement l’avantage sur un Lewis Hamilton bien discret. Il devance son équipier de 3 places et de plus de 22 secondes.

 

Sur la dernière marche, on retrouve un surprenant Romain Grosjean. Pas grand monde n’aurait misé un billet sur lui après le naufrage collectif des qualifications où il a dégagé dès la Q1. Pourtant, il a réalisé un véritable exploit en course, tirant parfaitement profit de sa stratégie à un arrêt et remontant jusqu’au podium. Mieux, il a nettement pris l’avantage sur son équipier qui s’élançait pourtant loin devant, en 6° position. Il le doit à une meilleure préservation des gommes, qu’il a su faire durer 47 tours là où celles de Raikkonen se sont effondrées en fin de GP. Le Finlandais semble d’ailleurs avoir le plus grand mal à vivre cette nouvelle domination de Grosjean qui a tendance à s’amplifier au fil des courses. En témoigne la manière extrêmement brutale dont il a poussé son équipier hors-piste.

 

Le cas Grosjean demeure une énigme. Le pilote a su passer en quelques courses du statut de clown des circuits à celui de pilote suffisamment régulier aux avant-postes pour envisager de disputer un titre mondial sur la durée d’une saison. Un statut qu’il doit évidemment encore confirmer. Cela donne en tous cas raison au management de Lotus qui a continué à lui faire confiance même lorsque son cas était objectivement indéfendable.

 

On notera enfin la belle 5° place de Sergio Perez, meilleur résultat égalé pour une McLaren cette saison. Le Mexicain a tiré profit à merveille des légers progrès de sa monoplace et de son départ en gommes medium.

 

Le triomphe de Vettel a coïncidé avec la cuisante déculottée subie par Fernando Alonso. L’Espagnol aurait pu faire ses adieux au titre mondial avec panache. Il a au contraire quitté la compétition par la petite porte, au terme d’une prestation totalement risible. Le taureau des Asturies a vu rouge dans le premier tour, provoquant pas moins de deux collisions et détruisant son aileron avant, comme il l’avait déjà fait en Malaisie. Sa troisième erreur personnelle de la saison, déjà. Pire, il n’a jamais été en mesure de rattraper son retard et d’aller chercher une place décente. Il termine piteux 11° (malgré l’abandon de Webber) derrière une Toro Rosso et deux Force India, hors des points pour la première fois depuis Silverstone 2010. Il est même passé tout près de se faire prendre un tour par Vettel. Sa contre-performance coûte à Ferrari la 2° place du championnat constructeurs, et sa déroute est renforcée par la 4° place de Massa, auteur d’une prestation des plus honnêtes.

 

La qualité de la performance alonsoyesque tranche avec l’arrogance dont a fait preuve le pilote espagnol, qui a cru bon d’arborer un nouveau casque affichant en gros chiffres son nouveau record bidon de points, acquis grâce à un barème qui donne autant de points pour une 5° place que Schumacher en marquait pour une victoire. Qu’un tel pseudo record provoque une érection chez les supporters fanatiques du pilote espagnol ou inspire un papier à un journaliste en mal d’idées, on peut éventuellement le comprendre. Mais que le principal intéressé juge qu’il y a matière à se gargariser, cela en dit long sur l’hypertrophie de son égo. L’avantage, c’est que notre Espagnol pourra réutiliser son casque à l’identique au prochain GP.

 

Plutôt que de se pavaner, Alonso serait mieux inspiré de faire le bilan de ses échecs qui ont tendance à se multiplier. Il en est déjà à 7 années sans titre. Ses 4 saisons chez Ferrari sont autant de défaites. A chaque fois qu’il était en position de jouer le titre au dernier GP, il a été systématiquement été battu, y compris en 2010 lorsqu’il était dans une situation hyper favorable et qu’une 4° place lui suffisait pour être sacré. Et ce, malgré une voiture ultra-fiable qui n’a cassé qu’une seule fois en quatre saisons, un équipier tout dévoué à sa cause et les instances fédérales à ses côtés. Alonso ne pourra pas éternellement accuser la malchance ou se plaindre de sa voiture sans jamais effectuer la moindre remise en cause. Ou alors, ce sont ses employeurs qui le feront pour lui.

 

Forzaferrarix.

 

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