Le changement, c’est maintenant

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Cette saison 2014 est celle de tous les changements. En premier lieu celui du règlement technique. Les V8 2,4 litres atmosphériques disparaissent au profit des V6 turbo 1,6 litre et l’importance du SREC se trouve renforcée. Il se charge désormais non seulement à partir des freins mais aussi du turbo, sa puissance est doublée et sa plage d’utilisation passe de 6 à 33 secondes par tour.

Il s’agit là d’une évolution plutôt logique. La F1 n’avait plus connu de changement réglementaire majeur depuis 2009. C’était donc l’occasion de permettre une redistribution des cartes, de prendre en compte les problématiques écolo-bobo qui sont dans l’air du temps et de permettre aux grands constructeurs de pouvoir continuer à utiliser la F1 pour développer les technologies destinées à apparaitre sur les voitures de série dans le futur.

Ces changements n’en sont pas moins contestables par certains aspects. La sonorité produite par les nouveaux blocs moteurs, à mi-chemin entre le bruit d’une F3 et celui d’une monoplace d’Indycar, est des plus décevant. Le rugissement du tigre a laissé place au feulement du chat maladif. Plus contestable encore : la limitation de la consommation d’essence à 100 kg par course, qui oblige les pilotes à économiser leur carburant. Il est particulièrement contre-nature de réunir les meilleurs pilotes du monde pour les obliger à conduire au ralenti. En outre, cela nuit clairement à la lisibilité des courses. Désormais, quand Machin ira plus vite que Tartempion, ça ne signifiera plus nécessairement que Machin pilote mieux ou dispose d’une meilleure monoplace, ça pourra signifier que Tartempion est en train d’économiser son essence.

La conséquence à court terme de ces changements est évidemment une diminution de la fiabilité. Sur le premier GP de la saison, on est revenu au nombre d’abandons que l’on pouvait observer une dizaine d’années plus tôt. D’autant que la diminution drastique du nombre de moteurs autorisés chaque saison (5 désormais) incite les équipes à ne prendre aucun risque.

Les échappements soufflés sont désormais interdits. La mesure vise explicitement Red Bull qui maîtrisait cette technologie mieux que ces concurrents. On n’en attendait pas moins de la FIA dont la partialité n’est plus à démontrer depuis longtemps. Ailerons avant et arrière ont vu leur taille diminuer. Le museau a été rabaissé, officiellement pour des raisons de sécurité. Quand on voit les museaux pointus que certains ingénieurs ont imaginés et qui semblent conçus exclusivement pour aller perforer les pneus des petits camarades, on peut fortement douter que l’objectif soit atteint.

Mais la mesure la plus scandaleuse concerne évidemment le règlement sportif. La FIA, s’essuyant les pieds sur l’équité sportive, a décidé de doubler les points de la dernière manche. Cette mesure, destinée exclusivement à maintenir un suspense artificiel le plus longtemps possible et à augmenter de facto les audiences télé, est totalement injustifiable. On se demande bien pourquoi celui qui s’impose à Abu Dhabi mériterait plus de points que celui qui gagne à Monaco, et pourquoi celui qui a le malheur de connaître un problème technique ou de croiser la route de Maldonado lors de la dernière manche devrait le payer plus cher que si l’incident était survenu sur un autre GP.

Sur le plan des transferts, Ferrari a clairement exprimé sa défiance envers Fernando Alonso, incapable de décrocher le titre en 4 années de présence, en lui refusant désormais le statut e privilégié qu’il a toujours exigé et en lui mettant Raikkonen dans les pattes. Massa a fait le pari de Williams dans l’espoir de retrouver une nouvelle jeunesse après 4 ans de larbinat, estimant probablement que l’arrivée du moteur Mercedes suffira à sortir l’équipe du marasme de la saison dernière.

McLaren, qui sort également d’une saison lamentable, a mis fin à l’expérience Perez qui n’a pas été couronnées de succès. L’équipe britannique a choisi de faire confiance au jeune Kevin Magnussen, champion en titre de Formule Renault 3.5. Elle a également renforcé son staff en faisant revenir le tricheur antisportif mais néanmoins efficace Ron Dennis, tout en débauchant Eric Boullier de chez Lotus.

Lotus, justement, n’aborde pas la saison de la meilleure des manières. Les difficultés financières déjà préoccupantes entrevues en 2013 ne vont pas en s’arrangeant. Il a fallu recruter Pastor Maldonado et ses petrobolivars pour boucler le budget et personne ne s’attend à ce qu’il réalise des prestations similaires à celles de Raikkonen. Le staff a fondu et la voiture n’a pas été prête à temps, de sorte que l’équipe a manqué l’une des séances d’essais de pré-saison.

Du côté de chez Red Bull, Ricciardo a pris la place de son retraité de compatriote Webber. Son niveau sera la grande inconnue du début de saison. Bien qu’il a démontré une certaine pointe de vitesse en qualifications chez Toro Rosso, on ignore encore ce qu’il est capable de réaliser au sein d’un top team.

Enfin, Hülkenberg, grand oublié des transferts malgré ses excellentes performances, a trouvé refuge chez Force India où il avait déjà usé sa combinaison en 2011 et 2012.

Les essais d’intersaison avaient laissé entrevoir des scénarios rocambolesques. Première course aux airs d’hécatombes, pannes d’essence en série, des Red Bull à la masse incapables de boucler plus de 15 tours, des Ferrari en milieu de grille… Certes la hiérarchie a évolué depuis la saison dernière, mais la manche inaugurale à Melbourne a montré qu’on était loin du séisme annoncé.

La fiabilité a diminué et les pilotes commettent plus d’erreurs car les monoplaces sont plus difficiles à conduire. Au demeurant, on n’a pas eu 5 voitures à l’arrivée mais seulement 7 abandons. Quant aux top teams, à l’exception de Lotus qui tend à ne plus faire partie de cette catégorie, ils se sont montrés au rendez-vous sur le plan des performances malgré une fiabilité encore perfectible.

Là où les essais d’intersaison n’ont pas menti, c’est sur le niveau de la Mercedes qui est clairement la voiture à battre en ce début de saison.

Pour autant, la course aura laissé plus de questions en suspens qu’elle n’a apporté de réponses. Les problèmes moteur rencontrés par Vettel en qualifications comme en course nous laissent dans l’expectative quant au niveau de la Red Bull et de son nouvel équipier. L’abandon tout aussi prématuré de Hamilton nous a privé d’un duel entre équipier chez Mercedes. Et la victoire à l’Autre Championnat de Massa associée à l’erreur de Bottas nous ont empêché de mesurer l’ampleur exacte des progrès de Williams.

Les seules certitudes, c’est l’excellent niveau et l’absence de complexe de Kevin Magnussen, déjà sur le podium et devant son équipier pour sa première course dans la discipline. Quant à notre ami Fernando Alonso, il est toujours aussi insipide et transparent, incapable de se transcender pour aller chercher autre chose qu’une 5° place à la régulière. Mais ça ce n’est pas une nouveauté.

La course s’est terminée sur une nouvelle magouille de la FIA avec l’exclusion de Daniel Ricciardo pour un débit d’essence prétendument trop élevé. Cette décision apparaît totalement sidérante quand on sait que les capteurs de la FIA ne sont pas fiables et ont affichés des résultats délirants tout au long du week-end. Il n’y a pas à chercher bien loin pour trouver à qui profite le crime. Il suffit de voir quel prétendant au titre autoproclamé récupère 2 points dans la manœuvre, et quelle écurie voit un adversaire direct privé de ses points au championnat constructeurs. Heureusement, la Cour d’appel aura bientôt l’occasion de mettre son nez là-dedans.

Forzaferrarix.

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